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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 07:00

Lundi 17 janvier

Nous nous levons vers 9 h 30. Après avoir pris le petit-déjeuner, nous discutons de notre matinée. Comme nous sommes le 17 du mois, je lui demande si elle a fait le chèque pour approvisionner le compte joint. Elle aurait dû le faire voici déjà 6 jours. Immédiatement, elle s’offusque de la question et part dans ses délires habituels. Il faut dire que les rapports que PAULETTE entretient avec l’argent sont désastreux. Dès que je parle de compte joint avec elle, c’est comme si je lui déchirais le cœur. L’argent est un moyen, pour elle, de maintenir l’illusion d’une sécurité. Elle thésaurise ; un matelas d’or qu’elle se fabrique afin de pouvoir dormir tranquille. Lui demander de prêter, de participer ou de donner, c’est comme détruire l’abri que représente son capital.

.../...

Jours après jours, PAULETTE semble s’endormir. Elle ne peint plus, s’enfonce dans un handicap qu’elle finit même par croire et qui lui sert de refuge pour continuer à somnoler. Elle se plaint de ne pas se sentir bien à Sevrier, sans voir que c’est avant tout avec elle-même qu’elle ne peut pas vivre heureuse. Elle réclame une protection qu’elle me reproche de ne pas savoir lui donner ; une petite fille qui crie un besoin maternel qui ne peut absolument pas s’accomplir dans un couple. Un vœu forcément voué à l’échec. Elle m’accuse même de m’être rendu invalide afin d’échapper au rôle qu’elle souhaite me faire « jouer » : la nourrir et la protéger. Je deviens, ainsi, une mauvaise mère sur laquelle elle peut continuer à hurler sa haine.

Ses colères se traduisent généralement par des grossièretés dont elle ne mesure pas la portée destructrice. Des mots qui traduisent aussi la façon dont elle était certainement perçue et traitée dans sa famille durant ses jeunes années.

« Sale connard de putain de merde. »

« Sale trou du cul. »

« Va enculer ta mère ! » Ou bien « vas enculer ta fille ! » font régulièrement partis de son vocabulaire.

La solution que j’ai trouvée quand elle hurle ses insanités et pour qu’elle se taise, est d’ouvrir grand la porte-fenêtre pour que les voisins l’entendent. De fait, aussitôt, elle fait silence et se réfugie dans le couloir ou dans sa chambre.

Combien de fois faudra-t-il que ce type de scénario se reproduise pour que Martine trouve une issue moins souffrante à ses comportements ?

Quand je ne suis pas là, comme lorsque je suis parti de la maison d'Ars-en-Ré, elle est capable de se débrouiller seule, voire heureuse, durant quelque temps, de se retrouver avec elle-même. Seulement, dès que je suis présent à ses côtés, elle se colle à moi ; résidus d’une enfant laissée trop souvent seule, abandonnée à ses peurs. Et si par malheur je ne réponds pas à toutes ses attentes, elle crie sa rage et se plaint de mes incompétences.

Loin d’être sûre d’elle-même, PAULETTE ressent continuellement le besoin de faire intervenir une tierce personne qui validera ses propos : « Mon avocat m’a dit… », « Mon conseiller juridique m’a dit… », ou bien encore « Mon notaire est contre toi. Tes arguments ne tiennent pas. » Ainsi, régulièrement, elle appelle à sa rescousse « le monde ». De cette façon, elle cherche à ne pas se retrouver seule, soutenue par « ce monde » à qui elle reproche, dans le même temps, son incapacité à lui donner ce qui lui semble être absolument nécessaire.

(.../...)

(in "L'Astrolabe" de Marc Robert CONSTANT aux Editions du Pré - editionsdupre74@orange.fr)

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Published by Pajani Bernard-Marie - dans Livre "Leçons de vie"
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  • Pajani Bernard-Marie
  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges.
Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.
  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges. Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.

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