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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 08:21

La présence du "biel" (= bief) dans le bourg ancien de Faverges pourrait être attestée très tôt, dès avant le milieu du Moyen-âge, si l'on pouvait prouver l'existence d'une fabrique qui utilisait la force hydraulique de ce canal qui traverse encore la ville, de nos jours.

Tous les auteurs successifs prétendent qu'il aurait existé une papeterie à Faverges dès 13501 ; la date de 13682 a même été avancée.

Gallica Barbier papeterie p.8

 

« Les Intendants de province avaient, de leur côté, compris l'intérêt qui s'attachait à l'étude et à la solution de ces questions, et l'un d'eux, M. de PASSIER, Intendant du Genevois, dont nous retrouvons souvent le nom dans les documents qui existent encore dans les archives, adressait en 1759 un mémoire des connaissances à prendre au sujet de l'industrie de la province à la tête de laquelle il était placé, et notamment de celle du bailliage de Ternier.

Dans ce mémoire, qui est fort étendu, il donnait la nomenclature de toutes les fabriques, manufactures moulins, battoirs, scies, huileries que la communauté possédait sur l'étendue de son territoire, la valeur des divers produits qu'en tiraient chaque année les propriétaires. Il indiquait minutieusement, pour celles qui avaient existé antérieurement à l'époque où il écrivait, les causes de leur destruction, et suggérait les moyens qu'il y avait selon lui pour les remettre sur pied ou pour en établir d'autres semblables. » [Gallica, Barbier, p.31]

C'est seulement vers 1765 que l'on voit apparaître la Statistique du Genevois, par l'Intendant, M. de Passier, et le mémoire sur le commerce actif et passif de la Savoie,dressé par un conseiller d'Etat, qui visita, par ordre du Roi, les provinces de Savoie en 1779. Les mémoires, relations, rapports, etc., qui datent de cette époque, indiquent qu'un mouvement sérieux se produisit alors au sein du Gouvernement, qui chercha les moyens de se rendre un compte exact des sources de richesse du pays, les accroître et même les faire naître partout où elles n'existaient pas encore. [Gallica, Barbier, p.377]

Depuis 150 ans, aucun chercheur local ne s'est penché sur la véracité de cette assertion. Une recherche approfondie permet de dire aujourd'hui que cette date n'est aucunement attestée. Elle est fondée sur une avancée de l'intendant général du Genevois, André DEPASSIER qui l'indique vers 1770.

Gallica Barbier tannerie p.372Elle devient une affirmation en 18753 par Victor BARBIER qui le rapporte dans son inventaire des industries des départements savoyards, disant se fonder sur les Archives départementales. Or, ces archives n'ont été classées qu'en 1903 par Max BRUCHET, qui n'aurait pas manqué de référencer ce renseignement.

 

Gallica Barbier papeterie p.454« Ainsi, on voit qu'en 1350 une papeterie existait déjà à Faverges. Elle fournissait, année commune, 2.060 rames de papier de toute espèce. Très florissante l'an 1566, elle fut convertie en foulon jusqu'en 1705, époque à laquelle elle fut rendue à sa primitive destination par un sieur PATUEL, qui la vendit à Claude JACONIS, Français de nation ; celui-ci sut en tirer un parti très-avantageux, grâce au beau courant d'eau vive sur lequel elle était située. Elle avait une cuve et trois roues qui donnaient le mouvement aux piles. La consommation était, année moyenne, de 600 quintaux de chiffons, qu'elle tirait du pays même, et qui étaient payés à raison de 5 livres 10 sols le quintal.

« Les colles, ratures et rognures de peaux valaient 13 livres le quintal.

« Les prix de vente variaient de 3 francs, 4 fr. 10 cent., 7 francs et 30 francs la rame, suivant qu'il s'agissait de papier à lettre petit, moyen et grand, et du raisin pour imprimerie. Le papier gris valait 30 francs le quintal. Sa production, qui s'élevait à peu près à 1,500 rames par an, était réputée pour sa bonne qualité, et trouvait un facile écoulement en Savoie. Au mois d'avril 1783, l'établissement du sieur Jaconis fut complètement détruit par un violent incendie.

« Ses ressources personnelles ne lui ayant pas permis de le relever, il sollicite, dans une pétition qu'il adresse au Roi, un secours assez important pour lui permettre de réédifier et de faire marcher son usine.

« L'enquête qui fut ordonnée, cette même année, par l'intendant de la province, M. Ballada, fut favorable au sieur Jaconis ; le secours qu'il avait demandé lui fut accordé moyennant certaines garanties prises par le royal trésor, et la papeterie fut rétablie en 1784. Mais on doit supposer toutefois, sans en connaître la cause, que sa prospérité ne continua pas, car on voit dans l'ouvrage de Verneilh qu'en 1806, bien que située sur de belles eaux, la papeterie de Faverges était la moins considérable de la Savoie.

« Elle n'avait qu'une cuve et n'employait que 6 ouvriers, y compris le directeur. La fabrication était d'environ 100 quintaux métriques. La valeur du papier qu'on y faisait, comparativement à son poids, nuisait à son exportation. Les prix, à la rame, étaient petit écolier, 2 fr. 20 ; cloche fin, 6 francs; cloche moyen, 5 francs ; papier à lettre fin, 6 francs ; bâtard d'impression, 8 francs ; grand raisin, 10 francs. Les chiffons étaient achetés dans le pays et les départements voisins aux prix de 12 et 13 fr. les 50 kilos. Les débouchés de la fabrique de Faverges se trouvaient dans le pays même.

« En 1813 les deux fabriques de Faverges, celle dont il est parlé plus haut et une autre dont la fondation ne remontait qu'à six ans environ, employaient quatorze ouvriers, douze pour les cuves, deux aux moulins, et qui recevaient en moyenne 1 fr. 30 centimes par jour.

« Elles avaient chacune 58 maillets et 1 cuve.

« L'usage des cylindres était inconnu à cette époque dans ces deux usines.

« Les 100,000 kilos environ de chiffons, achetés au prix de 24 à 25 francs les 100 kilos, donnaient en moyenne 4,000 rames de papier de sept qualités, dont le prix variait de 4 à 9 francs, et le poids de 6 à 9 kilos.

« Pour le collage du papier, on se servait de la colle ordinaire des tanneurs, qu'on faisait cuire en y ajoutant de l'alun, de la couperose du vitriol et de l'eau-de-vie.

« En 1823, elles appartenaient à M. Velland (Nicolas) ; en 1838, elles furent acquises par MM. Blanc et Duport, qui les firent marcher jusqu'en 1841, époque à laquelle elles disparurent.

« Les rapports fournis à la suite de l'enquête prescrite par l'intendant de la province du Genevois, établirent qu'il y avait dans ce district, indépendamment de la papeterie de Faverges dont il vient d'être fait mention plus haut, trois autres établissements de même espèce, celui de Cran qui existe encore et dont on trouvera l'histoire plus loin, celui de Saint-Gingolph et celui d'Arenthon. »

74123 Empreinte JACONISPar la suite, Henri ALIBAUX, dans son ouvrage paru en 19264, sur ''Les premières papeteries françaises'' indique clairement que cette date de 1350 n'est pas attestée, et préfère être moins précis en parlant d'avant 1400.

Les auteurs suivants ne font que rapporter les écrits de Victor BARBIER, sans aucune précision supplémentaire d'origine de l'assertion !

Pour ma part, j'en cherche toujours l'origine, sans me baser sur de prétendues références à des fiefs anciens dans lesquels aucune mention de papeterie n'est indiquée.


Grillet, dans son Dictionnaire historique Littéraire et Statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman – 1807, vol.II p.227, cite André DEPASSIER9, intendant de la Province qui avance, dans son Mémoire sur les anciennes fabriques du Genevois, présenté au contrôleur général des finances du roi de Sardaigne, que ''environ l'an 1350, Faverges avait trois forges pour le cuivre, deux pour fondre le fer, cinq coutelleries, une tannerie et une papeterie''. Sans doute, faut-il consulter l'ouvrage ''Abrégé de l'histoire de Savoie depuis l'an 1000 jusqu'en 1776, justifiée par les édits''10 ?

 

GRILLET Jean-Louis 1807

 

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1 1350 : Mémoires de l'Académie de Savoie, 3e série, Tome II, p.8

2 1368 : BERTHELET Jean-Claude ''Les Papeteries Aussedat'' ISBN 978-2-35987-265-9, p.10. L'auteur contacté situe comme source, les Amis de Viuz-Faverges qui, eux-mêmes citent l'auteur lui-même (!)

3 1875 : Mémoires de l'Académie de Savoie, Tome II, p.8 et p.454sqs

4 1926 : ALIBAUX Henri ''Les premières papeteries françaises'', Paris – Les Arts et le Livre, p.103

 

9 Il entre en 1717 dans l'ordre des jésuites. Après son noviciat à Avignon et cinq années de régence de collège, d'abord à Lyon, ensuite à Dole, il rompt ses vœux en 1728 pour s'orienter vers les emplois. Secrétaire au bureau des Finances à Turin pendant une vingtaine d'années, il est ensuite envoyé en Savoie où il exerce les fonctions d'Intendant de la province du Genevois de 1749 à 1772 et Intendant du Faucigny de 1772 à 1776, date de sa mise à la retraite avec le titre d'Intendant général. Exécutant probe, minutieux et efficace, dans la grande tradition du régalisme administratif piémontais , le modèle même du fonctionnaire éclairé au XVIIIè siècle.
(Jean Nicolas, La Savoie au XVIIIème siècle)

10 Mémoires de M. de Passier, Miscellanea., vol VII, in-folio

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En 1969, Robert TISSOT-DUPONT écrivait : « En s'appuyant sur les moulins de Faverges du même fief, il est facile de remonter aux moulin et battoir des Nobles JOCERAND de CONS de 1311 et suivre la filière Nobles de MENTHON 1418-14701, Nobles de VALPERGUE et Ste-Catherine. Sur cet emplacement, GRILLET, en 1807, découvre une papeterie prospère en 15662qui, par déduction de reconnaissances du siècle précèdent, remonterait vers 13503. Elle est en pleine activité en 16354(ainsi qu'une autre à Vesonne et à Saint-Ferréol). Logiquement les EMIN devaient l'exploiter... »

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1 1418 : ICe 1 p.428 : reconnaissance passée par Henri de Menthon le 16 juillet 1418 – manuscrit Besson II p.36

2 1567 : ICe 4 p.745 : aveu et reconnaissance de la rente de Valpergue, mais sans indication d'artifices

ICc 31 p.423 : cet acte d'état des biens des religieuses de Ste Catherine n'indique aucune papeterie de 1350

33 H2 : ces actes d'acensement des moulins ne concernent que deux moulins situés au-dessus du bourg de Faverges, dont le montant de la cense doit être payé en cartes de froment ; ce ne sont donc pas des moulins d'une papeterie.

3 1566-1350 : Grillet II p.269 : répétition de ce qu'indiquait André De Passier en 1770

4 1635 Description Genevois Gardet 1942

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La première papeterie de Faverges "l'Arlésienne de Faverges" pourrait bien avoir été construite, au plus près de la source du biel, soit à l'emplacement du grand bâtiment à 5 fenêtres situé à l'arrière de l'usine électrique SICAUD puis CARTIER, tel qu'on peut le voir sur cette carte postale ancienne, dits "Les Moulins des Soeurs de Ste-Catherine" :

09_06_Livre_BP--114a-.jpg

et non pas à la sortie du bourg de Faverges, à l'emplacement de la papeterie JACONIS qui laissera la place à la manufacture de soieries DUPORT et BLANC.

Copyright Bernard Pajani

La signification du Copyright est la suivante : ''Le droit d'auteur en France est régi par la loi du 11 mars 1957 et la loi du 3 juillet 1985, codifiées dans le code de la propriété intellectuelle"

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Published by Pajani Bernard-Marie - dans Livre "Faverges"
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  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges.
Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.
  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges. Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.

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