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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 08:01

La gabelle de 1561

La Savoie possède une source documentaire commune à tous les départements : les registres paroissiaux à partir de l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 promulguée par François 1er, roi de France.

La Savoie a été lente à mettre en place cette directive qui n'a été suivie d'application qu'à partir de 1560, dans le cadre du Style du Sénat de Savoie, mais de façon très lacunaire.

Une autre source de recensement des familles - et des bêtes, aussi - effectué dès 1561 par l'administration savoyarde existe pour de nombreuses communes, ce sont les dénombrements soit les comptages des ''feux'', établis dans un but fiscal : la fourniture du sel devient un monopole d'État et chaque foyer (= feu) est tenu de s'approvisionner dans les greniers du duché.

 

La paroisse de Faverges a été dénombrée du 20 mars au 20 mai 1561 par Messire Françoys Garin commissaire qui a procédé à « la description et dénombrement des magnantz et habitantz en ladicte parroisse de Vieu et Faverges et de tout le bestail accoustumé prendre Sel ». Elle comprenait 17 hameaux peuplés de 2342 individus dont 41 personnes habitaient celui de Viuz.

 

Petite étude sur la population de Vyeu :

En 1561, la communauté de Viuz (qui est écrit Vyeu) comporte NEUF familles :

  • BESSON Jehan de 7 personnes

  • BESSON Anthoenne de 2 + 1 soit 3 personnes

  • BESSON Perrotin de 3 + 1 soit 4 personnes

  • TISSOCT Anthoine de 3 + 2 soit 5 personnes

  • BERROD Nycollas de 2 personnes

  • GAILLIARD Claude de 5 + 2 soit 7 personnes

  • GAILLIARD Jean de 3 personnes

  • Veuve MESTRAL Micholette de 6 personnes

  • BARBIER Vincende de 4 personnes

On rapprochera aisément le nombre des habitants du village de Vyeu de 41 personnes en 1561, de celui mentionné récemment qui ne peut être qu'une estimation fantaisiste prétendant qu'il y avait 2500 personnes dans la bourgade de Casuaria à l'époque romaine. 1

Au milieu du XVIe siècle, la population totale de Faverges et ses hameaux, dénombrée par les commissaires du duc de Savoie Emmanuel Philibert, réintégré dans ses états en 1559, n'est que de 2342 individus. Prétendre que la ''mansio'' gallo-romaine sur laquelle s'étendait la bourgade de Casuaria avait l'importance d'une ville comme Annecy (ancienne ''Boutae''), c'est faire preuve d'une méconnaissance manifeste de l'histoire locale. Il est très extravagant d'accorder un nombre de personnes supérieur à une partie de l'ensemble, sachant en outre que l'église de Faverges a été érigée pour une population du double de celle concernée par l'église de Viuz qui recevait pourtant les habitants des hameaux autour du Bourg de ''Fabricae'', bien que celui-ci se soit développé plus tardivement.

Relevé de l'ensemble des habitants du hameau de Viuz en 1561 :

Le cheptel :

Aucune famille ne possède plus de 2 vaches. La troisième vache de Perrotin BESSON n'est pas sa propriété, elle est ''tenue à commande'' pour une personne non déterminée de Faverges.

La famille de Claude GAILLIARD comportant un prêtre possède 15 brebis, et celle de Perrotin BESSON en possède 8.

La richesse des familles :

Le nombre d'animaux du cheptel et la diversité de celui-ci donne de bonnes indications sur la richesse relative des familles. Ainsi, Perrotin (ou Pierre) BESSON qui tient en commande 1 vache et un bœuf en plus de ses 2 vaches, 1 mojon (veau mâle) et 2 mojes (génisses) a la possibilité de produire du lait duquel il tire son fromage ; il fait de même avec ses huit brebis. Il est d'une richesse de vie plus élevée que Claude GAILLIARD qui possède pourtant quinze brebis pour le lait et le fromage, mais ses deux mojons ne lui procurent pas de lait.

La famille de Vincende BARBIER dont l'époux n'est pas mentionné est considérée comme pauvre et misérable. Sans nul doute, Vincende est une mère célibataire et ne peut que difficilement subvenir aux besoins d'elle-même et de ses trois enfants dont l'un est âgé de moins de 5 ans.

Les maisons :

Bien qu'il ne soit pas possible de relier la population de la Gabelle de 1561 à celle du cadastre de 1732, en raison des trois générations qui les séparent, on peut toutefois avoir la certitude que les habitations de ces deux époques sont situées aux mêmes emplacements et sont de même nombre à l'unité près.

Le Cadastre sarde fait mention de dix maisons en plus de la grande bâtisse du Chapitre Notre-Dame d'Annecy qui hébergeait le recteur et les quatre vicaires. Nous connaissons en outre les noms des chefs de famille, sans toutefois connaître l'importance des groupes familiaux.

En 1732, dans l'ordre des emplacements sur le plan, soit de haut en bas, sont présente les maisons des personnes suivantes :

  • Les hoirs (héritiers) de VIFFRY Antoine en n°697

  • VIFFRY Louis en n°698

  • PATUEL Pierre en n°699

  • BACHOLLET Pierre en n°700

  • Le Chapitre Notre-Dame en n°711 et n°717

  • PATUEL Joseph en n°723

  • TISSOT Jacques en n°725

  • METRAL Dominique en n°730

  • METRAL Pierre en n°731

Les Patronymes :

Comme nous l'avons dit, bien que la correspondance entre les familles de 1561 et celles de 1730, soit difficile, nous pouvons toutefois tenter d'établir une relation.

Les familles BESSON de 1561 ont pu devenir les familles VIFFRY de 1730 car le patronyme VIFFRY dit BOSSONNET existe, porté par un dénommé Louys qui décède après 1734. Sa famille est composée du couple, de quatre enfants et d'une belle-fille, elle-même mère en 1732.

Les familles TISSOCT et MESTRAL ont pu également se perpétuer dans les mêmes maisons, puisqu'on retrouve les mêmes patronymes en 1730. Plusieurs familles METRAL habitent Viuz après 1600 dont un METRAL Charles qui est père de 1617 à 1620 et un METRAL Anthoyne qui l'est en 1607 et 1610. Mais ils ne sont pas les Charles et Anthoine cités en 1561, ayant plus de 5 ans à l'époque.

Ont disparu de Viuz les patronymes BERROD, GAILLIARD et BARBIER au profit des patronymes BACHOLLET qui apparaissent à Viuz vers 1650, et PATUEL qui y arrivent vers 1600 en y épousant une fille MESTRAL, au patronyme présent dans la Gabelle.

 

© Copyright août 2014 Bernard Pajani

Historien local

 

1 L'Almanach Savoyard, 2014, p.56. On peut toutefois rapprocher la bourgade de Casuaria du hameau de Viuz, en ce sens que la première disparaît du paysage local à la fin du 3e siècle, avant que ne s'installe quelques rares maisons sur un emplacement contiguë quelques siècles plus tard. On relève également que Viuz ne comporte encore que onze maisons en 1732 dont quatre sont la propriété du chapitre Notre Dame d'Annecy et n'hébergent pas de familles mais des religieux.

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Published by Pajani Bernard-Marie
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  • Pajani Bernard-Marie
  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges.
Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.
  • J'ai parcouru tout le territoire savoyard, d'Ugine à Thonon, en passant par Faverges, La-Roche-sur-Foron, Bonneville, Albertville, Sevrier, Annecy pour revenir à Faverges. Je suis aussi à la recherche des camarades des classes fréquentées.

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